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Apologue Argumentation Indirecte Dissertation Format

On maîtrise parfois mal les notions les plus simples. Tel est le cas avec l’argumentation directe et indirecte.

Connaître la différence entre argumentation directe et indirecte est pourtant ESSENTIEL.

Parce que cette différence donne lieu à des questions fréquentes à l’oral de français.

Elle peut également être exploitée dans de nombreux sujets de dissertation sur l’argumentation. Cette différence, je vous l’explique dans cette vidéo de 3 minutes :

L’argumentation directe et indirecte en vidéo :


Dans un texte argumentatif, l’auteur fait passer un message : c’est la thèse.

Il peut faire passer cette thèse directement ou indirectement.


L’argumentation directe ou explicite

Un auteur argumente directement lorsque :

♦ Il argumente lui-même, personnellement, sans utiliser d’intermédiaire. Il ne fait pas passer son message à travers un récit ou une fiction.

♦ Le message est explicite. La thèse est clairement formulée. Le lecteur n’a pas besoin de déduire le message à partir d’un récit tel que le conte ou la parabole par exemple.

Où trouve-t-on le plus souvent une argumentation directe ?

Dans les essais.
Car l’essai propose la réflexion personnelle d’un auteur sur un sujet :

♦ Le point de vue de l’auteur y est explicite.
♦ Le point de vue exposé est personnel à l’auteur.

Argumentation indirecte ou implicite :

Un auteur argumente indirectement lorsque :

♦ Il n’argumente pas personnellement mais a recours à une fiction pour faire passer son message. C’est donc à travers un narrateur ou un personnage de théâtre, de conte, de fable que l’auteur transmet son message.

♦  Le message est implicite. Il n’est pas donné directement au lecteur. Le lecteur déduit le message de la fiction racontée.

Où trouve-t-on le plus souvent une argumentation indirecte ?

Dans l’apologue.
Car l’apologue est un récit qui sert à illustrer une morale. (voir la vidéo sur l’apologue):

♦ Le message de l’auteur est implicite : il faut le déduire du récit
♦ Le message de l’auteur n’est PAS exprimé en son nom personnel : c’est un narrateur ou un personnage de fiction qui le formule.

Vous trouvez également une argumentation indirecte dans le conte philosophique (qui est un sous-genre de l’apologue).

Pour aller plus loin :

♦ Comment expliquer en deux mots la différence entre convaincre et persuader
♦ L’apologue : kit de survie pour l’oral de français
♦ 5 minutes pour tout savoir sur le dialogue au bac de français
♦ L’essai : tout ce que vous devez savoir
♦ Le conte philosophique (vidéo de 4mn)
♦ De l’horrible danger de la lecture, Voltaire : commentaire
♦ Voltaire, Traité sur la tolérance, prière à Dieu : commentaire
♦ Article Torture, Voltaire
♦ La dent d’or, Fontenelle : commentaire

Sujet 1 : commentaire de texte

Introduction
Les Caractères, grand œuvre du moraliste La Bruyère, offre une riche galerie de portraits satiriques. Si les lecteurs du xviie siècle voulaient y voir des allusions à des personnages réels de l'époque et faisaient même circuler des « clés », ces portraits n'en restent pas moins des observations d'une grande acuité dans lesquelles La Bruyère épingle différents vices de la nature humaine en général. Ainsi, dans le chapitre « De l'homme », le moraliste dresse le portrait de Gnathon, un être profondément égoïste, se comportant en goujat et méprisant autrui. Le personnage prend une dimension quasiment allégorique et permet à l'auteur de dénoncer, par le biais d'une caricature très satirique, l'égocentrisme. Comment La Bruyère procède-t-il pour mener la critique de ce défaut ? Nous verrons dans un premier temps que Gnathon apparaît comme un être répugnant, avant d'étudier ensuite son égocentrisme. Enfin, nous observerons comment le portrait prend une dimension générale.

I. Un être répugnant

1. Un goinfre
Le portrait de Gnathon est un portrait en actes. La Bruyère présente son personnage dans différentes situations de la vie courante et accorde en particulier une grande attention au comportement de son personnage à table. En effet, sa manière de manger occupe plus de la moitié du texte et Gnathon apparaît d'emblée comme un être répugnant et goinfre. Il semble affamé et se remplit de nourriture sans arrêt et presque sans discernement, comme le soulignent les phrases relativement longues et souvent composées de propositions simplement juxtaposées : « il se rend maître du plat […] : il ne s'attache à aucun des mets […] ; il voudrait pouvoir les savourer tous ». De même, l'accumulation de verbes suivante suggère la rapidité de Gnathon à s'emparer de la nourriture : « il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire ». Il mange ainsi de manière mécanique, presque compulsive, et comme s'il n'allait jamais s'arrêter. Alors que le fait de se curer les dents signale en général la fin du repas, ce n'est pas le cas pour lui, comme le souligne la chute de la phrase introduite par la conjonction de coordination « et » : « et il continue de manger ». En outre, Gnathon se nourrit de façon répugnante. Il mange avec les mains, fait couler les sauces partout et manque totalement de discrétion comme l'indique l'expression redondante : « il mange haut et avec grand bruit ». En fait, il est assimilé métaphoriquement à un animal : « la table est pour lui un râtelier ». Ainsi, à table, Gnathon apparaît déjà comme un personnage fort mal élevé et sans gêne, ce que confirme de façon générale tout son comportement.

2. Un homme sans gêne ni scrupule
Certes, Gnathon est un personnage riche, qui a des valets et voyage en carrosse, cependant, cette aisance ne fait qu'exacerber un caractère insupportable. Il s'approprie tout ce qui l'entoure, y compris ce qui n'est pas à lui, comme le souligne le champ lexical de la possession avec les termes : « maître », « se conserver » ou la répétition de propre : il « fait son propre de chaque service », « tout ce qu'il trouve sous sa main lui est propre ». Ainsi, il se comporte presque en voleur, s'accaparant aussi bien les plats que les objets ou même les valets des autres. Par ailleurs, il exige pour lui-même ce qu'il y a de mieux. La thématique de l'espace revient régulièrement dans le texte. L'adjectif ordinal : « la première place », la négation exceptive : « il n'y a […] que les places du fond qui lui conviennent » et la répétition du superlatif : « il sait toujours se conserver dans la meilleure chambre le meilleur lit » mettent en valeur le fait que non seulement Gnathon occupe l'espace sans aucune gêne mais qu'en plus il lui faut systématiquement une place de choix, au détriment des autres. Pour cela, Gnathon est d'ailleurs prêt à mentir comme le suggère implicitement et très ironiquement l'incise suivante : « dans toute autre, si on veut l'en croire, il pâlit et tombe en faiblesse ». Ainsi, le personnage n'a aucun scrupule à s'octroyer ce qu'il y a de mieux et à mépriser tous ceux qui l'entourent, ne songeant qu'à son intérêt propre. Il révèle par là même un repli essentiel sur lui-même.

II. Un être égocentrique

1. L'égocentrisme
Le comportement sans gêne et répugnant de Gnathon trouve son origine dans un égocentrisme profond. Le portrait de La Bruyère met clairement en valeur ce trait en répétant comme un leitmotiv lancinant le pronom personnel sujet « il » par lequel s'ouvrent, de façon anaphorique, quasiment toutes les phrases du texte : « Il ne se sert à table que de ses mains », « Il ne leur épargne aucune de ces malpropretés », « Il mange haut », et les déterminants possessifs qui sont également très nombreux : « son propre », « ses restes », « sa chambre ». Dans bon nombre de phrases, il n'est question que de lui, il est le seul être humain évoqué. En outre, le texte est construit sur un réseau d'oppositions qui soulignent le contraste entre Gnathon et les autres. Le singulier du personnage s'oppose au pluriel, aux « conviés », aux « autres », à « tous les hommes ». Le début du texte comporte ainsi deux antithèses successives mettant en évidence d'emblée l'égocentrisme du personnage : « tous les hommes sont à son égard comme s'ils n'étaient point », « il occupe lui seul celle [la place] de deux autres ». Gnathon se distingue donc en permanence des autres, il ne songe qu'à lui, ne vit que pour lui et reste profondément indifférent au sort d'autrui.

2. L'indifférence à autrui
L'égocentrisme de Gnathon le conduit à ignorer les intérêts des autres. Le texte s'ouvre et se clôt sur des négations restrictives à cet égard très significatives et révélant bien le solipsisme du personnage : « Gnathon ne vit que pour soi », il « ne connaît de maux que les siens », « n'appréhende que la sienne [mort] ». La présence des autres, leur importance et leur existence mêmes finissent par être niées par Gnathon. La mention des autres s'accompagne souvent de l'usage de négations, en particulier dans la dernière phrase qui présente une énumération de verbes niés : il « ne se contraint pour personne, ne plaint personne, […] ne pleure point la mort des autres ». D'ailleurs, cette dernière phrase est construite sur une gradation : La Bruyère commence par affirmer que Gnathon se moque de gêner les autres pour finir par remarquer que non seulement il ne se soucie pas de la mort des autres, mais même qu'il « n'appréhende que la sienne, qu'il rachèterait volontiers de l'extinction du genre humain ». L'hyperbole, particulièrement choquante, fait ici écho au tout début du texte qui déjà niait l'existence des autres, « comme s'ils n'étaient point ». La boucle semble bouclée, le portrait est définitivement centré sur un unique personnage, à l'exclusion de tout autre, comme pour bien symboliser l'égocentrisme absolu d'un être qui ne se préoccupe que de lui. Le moraliste livre ici une satire particulièrement vive de ce genre d'individu.

III. Un portrait charge

1. Une caricature
Le moraliste est absent de son texte, il ne prend jamais directement la parole en son nom et se contente d'utiliser parfois le pronom personnel indéfini « on », comme dans « on le suit à trace ». Cependant, sa critique de Gnathon n'en reste pas moins une satire acerbe. Souvent le portrait tombe dans la caricature. Les accumulations de verbes mais aussi les nombreux pluriels et indéfinis à valeur généralisante, en particulier avec la répétition de tous ou tout : « tous les hommes », « essayer de tous », « il voudrait pouvoir les savoir tous », « tout à la fois » visent à accentuer la critique de Gnathon en exagérant les défauts de son caractère et en leur donnant une dimension presque absolue. Le texte s'achève sur une hyperbole frappante lorsque l'auteur déclare que Gnathon préférerait « l'extinction du genre humain » à sa propre mort. La caricature est également perceptible dans le portrait de Gnathon à table, La Bruyère le présente grimaçant de façon exagérée et ridicule : « il roule les yeux en mangeant » et la métaphore du râtelier accentue encore la charge satirique de la description. Ce caractère bestial de Gnathon contraste d'ailleurs de façon également comique avec son prétendu malaise s'il ne voyage pas à la meilleure place : « il pâlit et tombe en faiblesse ». La caricature, en forçant les traits de Gnathon, permet au moraliste de donner une portée générale à son texte.

2. L'indétermination
Le portrait de Gnathon n'est pas tant celui d'un personnage que d'un vice, l'égocentrisme. Le nom de fiction à consonance grecque − Gnathon − ne vise pas tant à masquer l'identité d'un contemporain de La Bruyère qu'à abstraire le personnage d'un cadre référentiel trop précis et caractérisé. Le personnage n'est pas décrit et, de façon générale, il n'est fait mention d'aucun lieu ni d'aucune époque particuliers. L'entourage de Gnathon reste absolument indéterminé, il n'est présenté que comme « les autres », « les conviés » ou « autrui », ou par l'intermédiaire du pronom personnel indéfini « on » : « si on l'en veut croire ». De même, en insistant sur les actions de Gnathon, présentées plutôt selon une focalisation externe, le moraliste met à distance le personnage et confère une valeur beaucoup plus générale à son portrait. Enfin, le temps exclusivement utilisé dans tout le texte est le présent qui semble se couper de l'ancrage énonciatif pour quasiment prendre une dimension de présent de vérité générale. Ainsi, à travers le portrait charge de Gnathon, La Bruyère dépeint le tableau d'une facette peu glorieuse de la nature humaine et non d'un individu particulier.

Conclusion
À travers son allure de goinfre sans gêne caricaturé de façon ridicule, Gnathon incarne un vice humain redoutable, l'égocentrisme. À une époque où d'autres moralistes, comme La Rochefoucauld par exemple, dressent eux aussi un constat assez sombre de l'amour-propre, La Bruyère, à travers le portrait de cet individu, vise les hommes en général et donne d'autant plus de poids à sa satire qu'il semble décrire de façon faussement objective les faits et gestes de son personnage. Le moraliste a su croquer sur le vif les expressions les plus marquantes d'un défaut toujours vivace.

Sujet 2 : dissertation

Introduction
Victor Hugo, engagé dans bien des combats de son temps, assumant même des fonctions politiques − il fut en particulier membre de la Chambre des Pairs pendant la monarchie de Juillet −, ne renonça pas à utiliser une forme littéraire pour défendre ses opinions. Par exemple, pour dénoncer la peine de mort, l'écrivain rédige Le Dernier Jour d'un condamné, le journal fictif d'un homme condamné à la peine capitale. La forme littéraire, qu'il s'agisse d'un récit comme dans ce cas ou, de façon plus générale, de textes travaillés sur le plan de la forme, du style, s'écartant d'une écriture purement journalistique, est souvent privilégiée par les auteurs engagés. Qu'apporte donc la forme littéraire à l'argumentation ? Dans quelle mesure peut-elle la rendre plus efficace ?
Nous verrons d'abord l'importance des fictions à vocation argumentative, autrement appelées apologues. Nous étudierons ensuite l'intérêt des formes littéraires qui ne relèvent pas de la fiction. Enfin, nous montrerons que ces formes peuvent tout de même présenter certaines limites.

I. La force de l'apologue

1. Le plaisir de la fiction
L'argumentation qui passe par le biais d'un apologue, c'est-à-dire d'une histoire délivrant un message, présente différents avantages. Elle satisfait un goût profond de l'homme pour la fiction. Ainsi, La Fontaine souligne dans sa fable « Le pouvoir des fables » l'emprise qu'une histoire bien racontée possède sur l'esprit des hommes : alors que le peuple reste sourd aux discours de l'orateur qui le met pourtant en garde contre une guerre imminente, le même auditoire est soudain captivé par le récit des aventures fabuleuses de Cérès. Le fabuliste conclut ainsi son récit : « Le monde est vieux, dit-on ; je le crois, cependant / Il le faut amuser encor comme un enfant. » Il semble ainsi a priori plus agréable d'écouter ou de lire des histoires que des textes plus secs et directement argumentatifs. Alors que ces derniers peuvent lasser le lecteur qui n'ira pas forcément au bout de sa lecture, une fiction dont l'intrigue est bien menée captivera son attention et le divertira, l'instruisant presque à son insu. Ainsi, le conte philosophique de Voltaire, L'Ingénu, narre les aventures du héros éponyme et s'apparente presque à un roman d'apprentissage, qui offre différentes satires ou critiques de la société et du pouvoir, au gré des rencontres du héros, l'évolution de celui-ci étant elle-même significative et révélant les vertus de la civilisation. L'apologue permet donc de donner une leçon au lecteur de façon plaisante et divertissante en flattant son goût des histoires. Le message passe ainsi de façon beaucoup plus légère et, surtout, beaucoup plus vivante par le biais des personnages mis en scène.

2. L'incarnation d'idées
Alors que des argumentations directes peuvent parfois sembler bien arides, l'apologue a recours aux charmes de la fiction et présente des personnages qui incarnent le message voulu par l'auteur. L'argumentation prend vie en passant par des personnages qui vont susciter la sympathie ou au contraire l'agacement du lecteur. En tout cas, ce dernier se sentira davantage concerné par eux et par leurs aventures que par de simples idées abstraites. Ainsi, V. Hugo dénonce la peine capitale en imaginant, dans Le Dernier Jour d'un condamné, le journal d'un condamné à mort, un père de famille, bon chrétien, dont le lecteur ignore le crime jusqu'au bout. À mesure que la condamnation se précise et devient imminente, le lecteur s'apitoie de plus en plus sur le sort de cet homme et partage son angoisse et sa révolte. L'injustice de la peine de mort devient plus évidente, le lecteur l'éprouve par ses sentiments et non de façon purement intellectuelle. Le recours à des personnages de fiction permet ainsi de persuader plus sûrement le lecteur, et peut aussi faciliter sa compréhension en offrant une approche simplifiée ou plus claire de certaines questions. Ainsi, dans les Fables de La Fontaine, bien souvent un animal incarne un défaut ou trait de caractère essentiel : dans « Les animaux malades de la peste », le lion symbolise un pouvoir injuste et tyrannique, le renard représente le courtisan rusé, l'âne, lui, incarne le peuple naïf. L'apologue est donc une forme d'argumentation indirecte très efficace qui éveille l'intérêt du lecteur en incarnant des idées et en sollicitant ses sentiments. Cependant, les formes littéraires présentent d'autres aspects propres à donner du poids à une argumentation.

II. Les formes littéraires qui ne relèvent pas de la fiction

1. La variété des genres littéraires
Hormis l'apologue, la littérature offre de nombreux genres à même de développer une dimension argumentative et possédant chacun des ressources propres, ainsi de la poésie, du discours, de l'essai ou du pamphlet. Nombre d'écrivains se sont engagés dans les débats de leur temps et ont eu naturellement recours à ces formes. Ainsi, un auteur comme Aimé Césaire a pratiqué ces différents genres : alors que ses pièces de théâtre ressortent plutôt de l'apologue, il a également écrit des recueils de poèmes engagés, comme Soleil cou coupé ou le Cahier d'un retour au pays natal, mais aussi le Discours sur le colonialisme, discours proche du pamphlet dans lequel il attaque avec virulence, et parfois un certain humour, l'oppression de la colonisation. L'essai ou le discours présentent l'avantage de pouvoir développer, en prose, des idées avec une certaine ampleur et une grande liberté, dans la mesure où il s'agit de genres peu codifiés. À l'inverse, les poèmes présentent une forme souvent plus fragmentaire et jouent des ressources de la versification. Ainsi, V. Hugo exilé dénonce dans les Châtiments le coup d'État de celui qu'il nomme Napoléon le Petit et utilise différentes formes poétiques comme la chanson ou la fable. Le rythme de l'alexandrin et les rimes, ou plus largement les sonorités, sont autant d'éléments exploités par le poète pour accentuer l'efficacité de l'argumentation et créer des vers facilement mémorisables par le lecteur, comme le fameux « Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ». Les auteurs peuvent donc recourir à de nombreuses formes pour défendre leurs idées et mettre à profit une écriture proprement littéraire.

2. La variété des tons
Une écriture littéraire n'implique pas seulement le choix de genres qui appartiennent explicitement au champ de la littérature, comme la poésie par exemple. Ce qui donne à un texte sa qualité littéraire, c'est aussi et surtout un travail sur le style, sur les registres et sur les procédés rhétoriques utilisés. Ces différents aspects peuvent justement accentuer la portée d'une argumentation. Les images, métaphores ou comparaisons, et les figures d'insistance, par exemple, comme les répétitions, les anaphores ou les antithèses, permettent de renforcer l'argumentation. Ainsi, dans Choses vues, V. Hugo dénonce l'absence de justice sociale de son temps en dressant le portrait de deux êtres croisés dans la rue : un pauvre arrêté pour un vol et une jeune et riche duchesse. Ces portraits sont fondés sur des séries d'énumérations qui forment des antithèses et donnent à la situation du malheureux une dimension pathétique. De façon générale, outre le pathétique, les auteurs peuvent jouer sur différents registres pour mieux persuader le lecteur. Ainsi, dans son essai De l'esprit des lois, Montesquieu dénonce l'absurdité et l'horreur de l'esclavage en présentant avec une grande ironie le discours et les arguments d'un prétendu esclavagiste. De même, Césaire dans son Discours sur le colonialisme a également souvent recours à l'ironie et adopte un ton satirique pour critiquer les exactions du colonialisme. Enfin, le registre polémique constitue une arme efficace de l'argumentation comme en témoigne par exemple l'article « Fanatisme » du Dictionnaire philosophique de Voltaire qui critique avec force les méfaits du fanatisme. Ainsi, les formes littéraires, qu'elles s'appuient ou non sur une fiction, offrent des armes efficaces aux auteurs qui souhaitent défendre une opinion. Cependant, elles peuvent aussi parfois gêner le lecteur dans sa perception du message.

III. Les limites de la forme littéraire

1. La dédramatisation
Recourir à une forme littéraire pour argumenter peut présenter certains risques. En effet, lorsque le texte joue trop des séductions formelles, le lecteur peut perdre de vue l'enjeu du message et celui-ci peut paradoxalement s'amoindrir. Dans le cas de l'apologue, le lecteur est parfois plus attentif à l'histoire qui lui est racontée qu'à l'intention de l'auteur. Il se laisse prendre au piège de l'intrigue, au plaisir de la fiction, sans forcément bien en percevoir la dimension didactique. Ainsi, les Fables de La Fontaine, en particulier, placent d'emblée le lecteur dans un univers merveilleux où les animaux parlent et déploient un bestiaire haut en couleurs. Elles constituent d'ailleurs une lecture privilégiée des enfants qui les apprennent souvent par cœur. On le voit, le risque est donc grand de s'en tenir au niveau de la fiction merveilleuse et de négliger la portée critique des fables. L'apologue, à force de rechercher le plaisir de son lecteur, peut finir par ne plus être pris au sérieux. Ainsi, L'Ingénu de Voltaire joue bien souvent du comique grivois, en présentant par exemple son héros dans des situations scabreuses. Par là même, il peut n'apparaître que comme un récit divertissant, qui dédramatise trop le sérieux de son sujet. La forme littéraire peut ainsi parfois nuire à la clarté et à l'exactitude du message.

2. La séduction de la forme au détriment du message
Pour séduire son lecteur et par souci de soigner la forme littéraire de son texte, l'auteur est parfois amené à simplifier ou au contraire à amplifier sa pensée et son intention. Ainsi, les textes particulièrement ironiques ou satiriques ont tendance à tomber facilement dans la caricature et perdent par là de leur objectivité. Dans Candide, par exemple, Voltaire critique Leibniz et les philosophes optimistes à travers le personnage de Pangloss, précepteur bavard et sûr de lui, répétant à longueur de temps la même phrase : « tout est au mieux ». Les mésaventures de Candide apportent bien sûr un démenti cuisant à ce personnage au psittacisme ridicule et absurde, et qui n'est qu'une caricature humiliante du philosophe allemand, incapable de défendre de façon convaincante ses convictions. À l'inverse, pour éviter d'être trop clairement didactique et pour préserver la dimension littéraire de leur texte, certains auteurs restent suggestifs. Ainsi, dans la mesure où il s'agit d'argumentation indirecte et où le message de l'auteur reste souvent implicite, la portée de l'apologue n'est pas toujours bien claire. Les Fables de La Fontaine, par exemple, restent parfois ambiguës. « La Cigale et la Fourmi », entre autres, peut être interprétée de différentes façons, soit comme une critique du travailleur mesquin et égoïste, soit comme une critique de l'artiste inconséquent. Ainsi, les formes littéraires à portée argumentative ne sont pas toujours aussi nuancées ou claires que des argumentations plus directes et moins travaillées sur le plan formel.

Conclusion
Les argumentations littéraires, dans leur diversité formelle, présentent de nombreux atouts pour entraîner l'adhésion du lecteur et avoir un impact sensible sur lui. Les auteurs engagés ont d'ailleurs souvent recours à toutes les ressources de leur art pour transmettre leurs idées. Cependant, on ne saurait réduire une œuvre littéraire à sa seule visée didactique ou argumentative, celle-ci demeure avant tout une œuvre d'art dans toute la richesse du terme et non un simple outil.

Sujet 3 : écriture d'invention

Mes confrères, mes amis,
Permettez-moi d'intervenir de façon brutale et d'interrompre quelque peu le cours de vos propos, mais je ne peux me contenir davantage. Nous, pairs de France, que faisons-nous ici ? Quelle est notre mission ? Ne consiste-t-elle pas à servir de toutes nos forces la France ? Ah ! chers confrères, écoutez-moi ! Je viens d'assister à une scène qui m'a profondément troublé et que je souhaite partager avec vous. Là, à l'instant, je viens de voir un homme, un misérable, l'un de nos semblables pourtant, que l'on emmenait en prison pour un pain volé… le malheureux marchait presque pieds nus par le froid qu'il fait et n'était vêtu que de haillons. La prison pour un pain volé ! vous rendez-vous compte ? Et cet homme n'avait pas mangé depuis des jours. C'est pourtant là le quotidien du petit peuple de Paris, mais nous y sommes aveugles. Le riche ne se soucie pas du pauvre. Les propriétés, les rentes, les titres, les réceptions, voilà ce qui préoccupe le riche, voilà les objets de ses soins, voilà ce pour quoi il se bat. Mais cette situation ne peut se prolonger encore longtemps, le scandale a assez duré et, en notre âme et conscience, nous sentons bien que nous ne pouvons plus nous en satisfaire. Pouvons-nous encore tolérer que nos semblables travaillent dans des conditions déplorables pour ramener quelques sous au logis ? que les enfants soient obligés de travailler, de laisser leur joie, leur santé, parfois leur vie dans un labeur inhumain que bien des adultes ne pourraient accomplir ? Pouvons-nous encore tolérer que les femmes livrées à leur propre sort soient réduites aux dernières extrémités et s'avilissent pour espérer subsister ? Non, assez ! L'existence que nous laissons à nos misérables frères est une existence dégradante. Imaginez-vous un instant que l'homme que j'ai vu ait volé par choix, par plaisir ? Non, seuls le désespoir et la faim ont pu conduire cet homme à faire fi de son honneur et de sa dignité. Peut-être a-t-il une famille à nourrir, peut-être est-ce pour eux qu'il s'est livré à cet acte… Une fois leur père emprisonné, que vont devenir ces petits ? Ils s'en iront mendier par les rues… Cette idée me fait frémir d'horreur. En laissant toute une partie de la population vivre dans des conditions lamentables, nous les incitons à sombrer dans une déchéance toujours plus grande, à renoncer peu à peu à tout principe, à perdre toute morale. Nous ne pouvons plus ignorer les drames qui se jouent sans cesse sous nos yeux. Battons-nous pour plus de justice sociale ! La majorité de la population connaît une existence déplorable, et se voit contrainte de travailler sans relâche pour enrichir quelques privilégiés qui ne se soucient pas de leur sort. Sans compter ceux que la société a mis au ban, parce que le destin les a fait naître malades ou infirmes. Devons-nous oublier ces laissés-pour-compte ? Avons-nous le droit de les ignorer sous prétexte qu'ils ne sont pas productifs, et de les laisser mourir dans la misère ? Si nous, pairs du royaume, ne pouvons rien faire pour redonner leur place à ceux qui n'en ont plus, qui le pourra ? Qui va lever les yeux vers ces fantômes ? Le constat s'impose : les nantis se contentent de jouir de leurs privilèges, de leur fortune, sans aucune gratitude pour les obscurs travailleurs qui leur permettent de s'enrichir, sans aucune compassion pour les plus démunis… Mais soyez sûrs d'une chose : si nous persistons dans notre indifférence, à ignorer la violence faite aux pauvres de cette nation, à ne même pas leur accorder l'aumône d'un regard, alors le vent de la tempête soufflera sur nos têtes ! Si une poignée d'hommes oisifs possèdent toutes les richesses et que la majorité ne peut vivre décemment d'un honnête labeur, alors, mes amis, tôt ou tard le peuple se révoltera et jettera à bas les fondements d'une société trop inique. Unissons plutôt nos forces pour prévenir la catastrophe tant qu'il en est encore temps, et réformons notre société pour qu'enfin elle soit plus juste et plus respectueuse de tous ses membres. Mes amis, agissons pour le bien-être de tous !

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